lundi 27 juillet 2015

Midwinter

La mid-winter, comme son nom l’indique, marque la moitié de l’hiver austral, elle se célèbre donc autour du 21 juin, jour le plus court de l’année ! 

A DDU, nous l’avons fêté du 17 au 21 juin. Au programme plein d’activités : une course d’orientation (dont nous sommes sortis vainqueurs avec Steph glacio), une pétanque sur banquise avec apéro près de l’igloo, une kermesse, un killer qui a duré toute la semaine, un ballon prisoneige, des tournois de ping-pong et de beer-pong, une séance ciné de The Thing, un faux mariage entre notre pâtissier et un de nos deux glacios, un salon de coiffure « Art & Misère capillaire » (duquel personne n’est sorti indemne), un salon de massages à 4 mains... et bien sûr les fameuses élections du OnzeTA (remplaçant du chef de district pendant la mid) et de la MissTA !

En plus de ces activités, tous les repas de la semaine ont été cuisinés par nos soins en binômes et de multiples services ont été rendus, car des promesses avaient été faites dans le cadre de la campagne électorale OnzeTA… Notre parti ayant été élu, nous avons apporté le petit-déj au lit sur commande, offert un service de livraison de boissons à toute heure et tout endroit (j’ai livré du thé sur l’île Bernard ^^), un service de déneigement et de nettoyage de chambre. 

Pour le reste, la semaine s’est constituée de nombreuses siestes pour certains (la mid-winter est également considérée comme une période de congés et de repos, sauf pour les scientifiques) et de soirées plus ou moins déguisées ! La semaine fut donc riche mais également fatigante, c’est plutôt celle qui a suivi qui nous a permis de souffler un peu !

Pétanque sur banquise et apéro
Election de la MissTA65
Les 2 élus, Bertie la MissTA et Stéphane le OnzeTA
Notre igloo illuminé de l'intérieur avec le LIDAR en arrière plan
Le faux mariage de Yann & Guillaume célébré par le OnzeTA
La TA65 !


La mid-winter étant célébrée par toutes les bases antarctiques et subantarctiques, la tradition veut que l’on s’envoi des vœux, petite sélection ci-dessous. Dans l'ordre, les Coréens de la base Jang Bogo, les Anglais de Rothera, les Norvégiens de Troll et les Polonais de Arctowski.





lundi 13 juillet 2015

Piou piou piou

Il y a 1 semaine pile poil, le 6 juillet, les premiers poussins d’empereur ont décidé de pointer le bout de leur bec, en même temps que les premiers flocons d’une longue série (mais ceci est une autre histoire)! 

A DDU, ces petits poussins étaient très attendus! Cela fait tout de même 2 mois qu’ils étaient en préparation dans leur œuf et couvés très sérieusement par leur papa. D’ailleurs si vous avez bien tout suivi, lorsque l'œuf éclot, le mâle a jeûné pendant environ 115 jours depuis son arrivée dans la colonie (et a ainsi perdu 30-45% de sa masse initiale)! La femelle revient au moment de l'éclosion, voire 10 jours après celle-ci. Dès l’instant où la femelle a récupéré sa progéniture, le mâle peut partir à son tour vers l'océan pour s'alimenter. Il y passe environ 24 jours avant de revenir prendre le relais et nourrir le poussin. La période d’élevage (ou « brooding ») est une phase où les deux parents alternent voyages en mer et garde du poussin à la colonie de manière plus fréquente. 

Environ 45 à 50 jours après l'éclosion, les poussins seront émancipés thermiquement (pour le moment ils sont totalement dépendants des parents pour les réchauffer et donc restent bien à l’abri sous le repli de peau/graisse du ventre). Ils commenceront alors à gambader pour découvrir le monde tout blanc qui les entoure (à leurs risques et périls… les premiers Pétrels Géants sont de retour depuis quelques jours !) et se regrouperont entre eux, formant ce qu’on appelle des crèches. 

Au mois de décembre, les poussins alors bien grands et en fin de mue quitteront la colonie pour effectuer leur premier voyage en mer (également appelé le « fledging ». Et oui, on parle « d’envol », ce qui n’est pas très approprié pour cette espèce !). C’est justement en décembre, juste avant leur départ, que nous les ornithologues réalisons la manip de transpondage. Je vous parlerai de celle réalisée l’an dernier dans un prochain article ! 

[Photos: Notre photographe animalier Stéphane Oros]






Pour en revenir à la météo, il n’a cessé de neiger depuis le 6, la station est recouverte d’un épais manteau de poudreuse, les congères ont poussé un peu partout, de nouvelles sont apparues, Roger fait du ski il est content, c'est joli, mais il est aussi devenu pénible par endroit de circuler (je m’enfonce parfois jusqu’à la taille !). On attend le petit coup de catabatique qui pourra nous dégager tout ça !

jeudi 9 juillet 2015

Le chaos

Nous sommes début juin en Terre Adélie et l’hiver est bien installé. Par une belle et douce journée (tout est relatif vous savez), on décide de se faire une petite balade digestive dans le chaos. Ce qu’on appelle le chaos est une zone très prisée des hivernants pour les sorties hivernales, car située non loin de la base et parce que c’est toujours chouette. C’est un peu comme une vaste et bordélique exposition de sculptures de glace. Ce chaos de glace, qui forme la banquette côtière, a une origine complexe (gel des embruns, accumulation de congères, résidus de glace de mer) et est fréquemment fracturé sous la poussée de la banquise. 




Les Claire sont en bleu, les mecs en rouge et l’indécis en gris ! 


Les photos sont sombres, c’est normal puisque c’était le milieu de l'après midi et que nous n’avions alors plus que 3H de « luminosité » par jour, de 11h à 14h environ. 

Ci-dessous l’éphéméride de mai, juin et juillet pour que vous ayez une idée de l’évolution de la photopériode à DDU. Depuis le 21 juin, on gagne des minutes de soleil chaque jour, on commence donc à voir le bout du tunnel !! 



Mai
 1er mai : Heure de lever: 9h02 / Heure de coucher : 16h14 (Durée du jour : 7h12)

31 mai : Heure de lever : 10h48 / Heure de coucher : 14h25 (Durée du jour : 3h37) 

Juin
1er juin : Heure de lever : 10h52 / Heure de coucher : 14h22 (Durée du jour : 3h30)

30 juin : Heure de lever : 11h33 / Heure de coucher : 13h53 (Durée du jour : 2h20)

Juillet
1er juillet : Heure de lever : 11h31 / Heure de coucher : 13h56 (Durée du jour : 2h25)

31 juillet : Heure de lever : 9h50 / Heure de coucher : 15h38 (Durée du jour : 5h48) 

mercredi 27 mai 2015

Penguins + katabatikos

Ce vendredi 22 mai, nous avons eu notre premier catabatique de l’hiver. Le terme catabatique vient du grec katabaticos qui signifie « descendant la pente ». Le catabatique est un vent gravitationnel produit par le poids d’une masse d’air froide dévalant un relief géographique (merci wikipedia, les météos sont introuvables! Ils sont sûrement en train de: jouer à la coinche, publier un article sur le catabatique justement ou faire du rhum arrangé ! A vous de trouver qui fait quoi ! ;) ). 

Revenons à nos moutons ! Du côté de DDU, ça a donné un vent très fort avec des pointes à 150km/h et des murs de neige qui font que tu ne vois plus rien à quelques mètres (enfin, rien à part du blanc)… 

En bref, le temps idéal pour descendre à la manchotière et voir ce qu’il s’y trame ! 
[Photos Stéphane Oros]



Les manchots empereurs sont capables de résister au froid notamment grâce à leurs caractéristiques morphologiques: morphologie plutôt compacte (faible rapport surface/volume), extrémités courtes, plumage très isolant (85% de l'isolation est assurée par les plumes chez cette espèce) combiné à une importante couche de graisse sous-cutanée (15% restants de l'isolation), autant de caractéristiques permettant une faible conductance thermique (1.3W m-2 °C-1, Le Maho, 1977), donc de réduire les flux de chaleur vers l'extérieur. 

Les manchots empereurs sont des oiseaux n’ayant ni nids ni territoires, c’est pourquoi ils peuvent se regrouper pour former des tortues. Ce comportement est d’ailleurs, en plus de leurs adaptations morphologiques et physiologiques, la clé de leur survie pendant l’hiver austral. On parle de "thermorégulation sociale".
Au sein d’une tortue, les manchots sont tellement serrés que tout mouvement individuel est quasiment impossible. Pourtant, il est nécessaire que la structure de cette tortue évolue, afin que chaque manchot puisse passer suffisamment de temps au cœur de la tortue (où il peut faire jusqu’à 37°C !) pour maintenir sa température corporelle et pour conserver son énergie. 

Ainsi, d’après une étude récente (Zitterbart et al., 2011), on sait que les manchots bougent collectivement et de façon très coordonnée pour assurer leur mobilité tout en gardant la formation très serrée. Toutes les 30-60 secondes, tous les manchots effectueraient de petits pas se propageant comme une vague au sein du groupe. La vitesse de propagation de cette « vague » serait comparable à celle de l’individu ayant déclenché le mouvement (environ 12cm/seconde). En définitive, ces tous petits mouvements individuels mènent à la réorganisation à grande échelle de la tortue.

On voit...
On ne voit plus!

Les manchots isolés rejoignent la colonie (le groupe principal).
ça pousse un peu en périphérie, les chutes ne sont pas rares!

vendredi 22 mai 2015

El Cinco de Mayo

Après la soirée Tropicale organisée par Géophy, voici la soirée Mexicaine organisée par Stéphane glacio et moi-même, le samedi 9 mai. 

Après 3 semaines de dur labeur pour la déco et l’organisation puis 1 journée passée en cuisine, le résultat a eu l’air de plaire à nos co-hivernants, qui ont d’ailleurs fait preuve d’imagination pour les déguisements. Une chouette soirée de plus à DDU. Au programme: des cactus en papier mâché, des drapeaux peints à la main (le chef de district n’a pas le drapeau du Mexique en stock), un coin photo-call moustaches, des tequila sunrise et margaritas, de la musique traditionnelle, de beaux sombreros colorés, un coin « dessine moi un cactus » et bien sûr, des piñatas ! 

Pour avoir la chance de tenter de casser la piñata géante, les hivernants ont d’abord du se qualifier lors d’une activité un peu spéciale : le rasage de capotes (utilisées comme supports pour réaliser nos cactus en papier mâché). Le but étant d’enlever toute la mousse à raser avec un objet tranchant au choix… La plupart ayant pris le parti de crever la capote du voisin pour maximiser leurs chances. Le 1er à se lancer fut Romain, qui n’alla pas très loin et dans la direction opposée, complètement déboussolé. Arash fut le second et le dernier, la piñata ne fit pas long feu avec lui. Tout comme les bonbons et chocolats présents dans la piñata d’ailleurs !

Les prochaines grosses soirées seront celles organisées pour la Mid-Winter qui arrive à grands pas, et oui c'est déjà dans un mois!!!














jeudi 14 mai 2015

Ils ont pondu!

Dans mon précédent article, je vous disais que si je passe beaucoup de temps auprès des empereurs, c’est dû principalement à ma manip acoustique. Un jour avec moins de 20 nœuds de vent (environ 37 km/h) est un jour pour faire de l’acoustique ! Ces jours-ci ce n’est pas l’idéal, on a de la neige et trop de vent… (mais c’est aussi l’occasion de faire autre chose) !

Vous l’aurez deviné, lors de cette manip il me faut enregistrer des chants ! 

Chaque manchot a un chant bien à lui, différent de tous les autres, c’est ce qui permet la reconnaissance individuelle ! 
Les enregistrements acoustiques, que je réaliserai tout au long de la saison de reproduction (les individus enregistrés le seront à plusieurs reprises, à différents stades du cycle de reproduction), seront notamment analysés dans le but d’évaluer si certaines caractéristiques du chant reflètent la qualité ou la condition corporelle de l’individu.
L'enceinte placée devant moi sert à diffuser des chants de manchots enregistrés les années précédentes, pour inciter les manchots à chanter mais aussi dans l'idée de savoir si les empereurs retiennent et répondent  aux chants de leurs ex-partenaires... 
[Photos Manu Brousse & Stéphane Oros]


  
J'en profite pour vous donner quelques nouvelles fraîches de la manchotière :

C’est le 12 mai, lors d’un petit tour à la manchotière, que Stéphane (l’un des 2 grands barbus glaciologues) et moi-même avons vu les 1ers œufs ! Nous avons même eu la chance d’assister à la passation de l’œuf entre la femelle et le mâle ! Le lendemain, c’est Mireille qui m’accompagne pour ma manip acoustique, on observe à nouveau un bel échange d’œuf ainsi que quelques mâles couveurs, abandonnés à leur sort par leur femelle !

Après que la femelle ait pondu l’œuf, les deux partenaires se positionnent de sorte à pouvoir se l’échanger, tout en chantant et en se montrant leur poche incubatrice respective (zone dénuée de plumes et très irriguée en vaisseaux sanguins qui permet un meilleur transfert de chaleur vers l’œuf pendant l’incubation). Cette étape peut prendre du temps, parfois ils font des pauses… A un moment, ils se lancent: l’œuf se retrouve sur la glace, le mâle le récupère en l’attirant délicatement avec le bec, le met entre ses pattes et les rapproche l’une contre l’autre de sorte que l’œuf se retrouve dessus, tout en évitant de l’écrabouiller… Une fois l’œuf posé sur ses pattes, il bascule légèrement vers l’arrière, s’appuyant sur ses talons. Il est maintenant coincé avec cet œuf, qu’il va devoir protéger coûte que coûte, pendant les 2 prochains mois, jusqu’à l’éclosion et le retour de sa femelle!   
[Photos Mireille Langeard]




jeudi 30 avril 2015

1 empereur, 2 empereurs, 3 empereurs ...

Je pense qu’il est grand temps que je vous parle des plusieurs milliers de « jolies patates » avec qui je passe la plupart de mon temps depuis que l’hiver a commencé... Je parle des manchots empereurs, vous l’avez deviné ("ben oui banane, c'est écrit dans le titre")! 

Durant le mois de février et début mars, nous avons eu la visite de plusieurs groupes, qui sont arrivés puis repartis en mer (alors très proche) aussi sec, comme s’ils étaient juste venus inspecter la zone… Cette zone, « la baie du Pré », ils la connaissent pourtant très bien puisqu’ils viennent s’y reproduire tous les ans ! 

Le 14 mars, les 6 empereurs qui sont arrivés restent ! Ils sont vite rejoints par des dizaines d’autres, puis des centaines d’autres… A ce moment là, je les compte tous les jours, sur place au départ, puis à partir d’une photo/panorama quand le comptage visuel est devenu trop laborieux et incertain. 

Quelques chiffres pour vous donner une idée: Ils étaient 10 le 16 mars, 66 le 17, 450 le 22, 814 le 28, 1357 le 30, 3203 le 2 avril, 4119 le 5 et 6669 le 30 avril !





En parallèle, la colonie qui se met en place est prise en photo toutes les 30 secondes par les systèmes Micr0bs (développés par l’institut allemand Alfred Wegener – AWI) que j’installe sur des points hauts, que je réoriente si besoin (la colonie bouge beaucoup en cette période) et dont je contrôle le bon fonctionnement quotidiennement. A partir de ces photos, les chercheurs pourront construire des time-lapses (vidéos) qui leur apprendront sur l’établissement de la colonie, les déplacements de celle-ci pendant la saison de reproduction ainsi que le mouvement des individus au sein même de la colonie. Micr0bs = Micro observatoire!

Micr0bs installé sur la "Tour de Pise", sur l'île Rostand - prémices de la colonie en contrebas (le 18 mars) 

Installation d'un Micr0bs sur le Mont Rose

Exemple d'une photo prise par le Micr0bs positionné sur le Mont Rose (le 2 avril) 
La Tour de Pise est sur la gauche!


Pendant ce temps là dans la colonie, les couples se forment, copulent et s’isolent un peu du groupe principal. Les femelles, plus nombreuses, arpentent la colonie en chantant à la recherche d’un mâle encore célibataire !



D'ailleurs en parlant de chant, je vous parlerai dans un prochain article de la manip qui me fait passer beaucoup de temps avec les empereurs, l’acoustique !


D’ici là, on ouvre grand les yeux, car on s’attend à apercevoir les 1ers œufs dans les jours qui viennent !